2026 | SANTE ET SOCIETE

Dans un monde utopique, tout le monde aurait droit au meilleur et en toutes circonstances. Les accès au bien naître, au bien grandir, au bien guérir, au bien vieillir et même, au bien mourir,  seraient équitables et les ressources afférentes seraient illimitées et ce,  quels que soient nos besoins, nos attentes et nos conditions physiques, psychiques, sociales, géographiques ou culturelles.
Malheureusement, dans les faits, il n’en est rien. À l’échelle individuelle, il est déjà laborieu de détricoter la maille complexe de nos propres besoins et intérêts (distinguer ce que l’on croit être bon, ce que les autres croient être bon et ce qui l’est vraiment). À l’échelle de la société, il semble délicat, voire impossible, de faire coïncider les intérêts individuels et collectifs sans que l’ombre du compromis, de l’injustice ou de la frustration ne vienne planer au-dessus de la fragile concorde.
Les débats, parfois enflammés, que nous avons pu mener au Forum Européen de Bioéthique au cours de ces quinze dernières années prouvent évidemment qu’il n’y a pas d’universalité dans le débat public.
Chacun-e a ses idées, ses idéaux, ses croyances et ses limites, si bien que cela peut nous donner l’illusion d’un dialogue impossible. Et dans une société où les avis sont de plus en plus tranchés, contrastés à l’extrême, ne plus s’entendre fragilise davantage un vivre ensemble déjà précaire.
Le monde paraît se fragmenter en blocs archaïques qu’on croyait obsolètes.
Certaines frontières, autrefois ouvertes, se hérissent de barbelés. Certains droits,  certaines libertés fondamentales pour lesquelles nombre d’entre nous se sont battus avec obstination reculent jusqu’à basculer dans l’obscurantisme.
La science, dont l’auguste mission a comme seule vocation d’apporter un semblant  d’objectivité sur le regard que l’on porte au monde, se voit en plusieurs lieux, muselée, censurée, enfermée.
Au Forum Européen de Bioéthique nous mesurons la chance que nous avons de vivre au sein d’une société plurielle et mosaïque, bien plus hétérogène  qu’elle ne l’était avant mais sûrement plus fertile et ouverte aux idées brassées aux quatre vents des cinq continents.
L’enjeu fondamental et sur lequel nous serons jugés par les générations futures sera celui de parvenir à faire société, à trouver la ligne de crête qui nous permettrait  de choisir pour nous et nos enfants, le meilleur, en matière de santé, d’environnement, d’éducation…
En bioéthique, on pose souvent la question du normal et du pathologique  mais cette année, nous nous efforcerons de focaliser notre attention sur celle  de l’individuel et du collectif.

2025 | SANTÉ MENTALE & BIOÉTHIQUE

En France, la dépression touche un adulte sur six, et pas moins de seize millions d’entre nous ont déjà utilisé des psychotropes. Entre 2019 et 2022, chez les 12-25 ans, l’Assurance maladie a observé une augmentation de 20 % des maladies psychiatriques et de 60 % de la consommation d’antidépresseurs. Chez les 25-34 ans, le suicide est désormais la première cause de mortalité. Depuis vingt ans, partout dans le monde, les problèmes de santé mentale ne cessent d’augmenter, notamment dans les populations les plus fragiles : jeunes, personnes âgées, sans-abris, détenus, femmes enceintes… C’est dire si la santé mentale est un problème de santé publique.

Pourtant, la prise en charge psychiatrique et psychologique reste encore trop souvent un « véritable parcours du combattant » (rapport du Haut-Commissariat au Plan). La psychiatrie est en crise : manque de lits, de psychiatres, d’infirmier·e·s, manque de moyens et de reconnaissance. Auprès du grand public, mais probablement aussi pour une part importante des médecins et même des institutions, la psychiatrie fait peur, au point d’être souvent reléguée dans l’angle mort de la médecine.

La « santé mentale » pose avant tout un problème de définition. Et comme disait Albert Camus en 1944 : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur de ce monde. » Si la « santé mentale » était considérée d’égale à égale avec la « santé physique », il y a fort à parier que le monde irait mieux. Imaginez seulement qu’on puisse, en France, en 2025, proclamer que l’on va faire de la « santé physique » une grande cause nationale. C’est inimaginable, car la « santé physique » est depuis longtemps déjà considérée comme le bien le plus précieux de l’humanité. Alors, pourquoi n’en va-t-il pas de même pour la santé mentale ? C’est aussi une forme de médecine à deux vitesses.

Cette année, au Forum Européen de Bioéthique, nous tâcherons d’explorer la santé mentale avec le même degré d’exigence que celui attendu pour la santé physique : évolutions diagnostiques, thérapeutiques, sociétales et juridiques…

2024 | L'IA & NOUS

L’IA n’est plus une chimère qu’on agite. Elle est l’argile entre nos mains, ou plutôt entre les mains d’industriels privés, disruptifs, pour qui l’éthique et la morale passent loin derrière le profit et la consommation.
Au Forum Européen de Bioéthique, on voit passer des technoprophètes, des doux rêveurs, des collapsologues et des enseignants-chercheurs. Rares sont ceux qui ne voient pas dans l’IA une révolution.
Mais toute révolution doit être accompagnée afin d’en mesurer les risques, limiter les perturbations, mettre un cadre légal et responsable, assurer la stabilité sociale et protéger les droits de l’Homme. Un vaste programme pour un vaste sujet.